Lettre ouverte d’un infirmier à la ministre de la santé

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Emmanuel Delporte, infirmier au sein d’un service de réanimation médicale

Chère madame la ministre de la santé, vous eûtes tôt fait de vous exprimer publiquement, avec forces louanges, sur le système public hospitalier, et de féliciter ces agents si dévoués, qui n’ont pas attendu votre appel pour venir prêter main forte aux secours débordés. En tant qu’agent de ce service public hospitalier, que je suis fier de représenter, il est de mon devoir de rappeler que ce service, vous faites tout pour le détruire, et que ces agents héroïques, vous faites tout pour les épuiser, les briser, les soumettre à un système de rentabilité qui va précisément à l’inverse de ces valeurs qui vous semblent si importantes aujourd’hui.

Il est de mon devoir de rappeler qu’on ne vous a pas entendu lorsque deux de ces infirmiers se sont donné la mort à une semaine d’intervalle, fin juin, à Toulouse et au Havre. En ces temps tragiques, votre discours prétendument humaniste ne peut tromper les personnels de santé et de secours, qui, j’en suis convaincu, ne manqueront pas d’y voir un cynisme effronté.

Donnez-nous donc les moyens de faire notre travail au quotidien, lorsque nous ne sommes pas sous les feux des médias, plutôt que de fanfaronner devant l’œil abject et voyeuriste des caméras.

J’adresse ma plus sincère considération et mon respect total à mes collègues de Nice, qui comme ceux de Paris, ont prouvé leur attachement à défendre ces valeurs de la République qui nous sont chères, qui coulent dans nos veines, et pour lesquelles nous continuons à travailler malgré des difficultés croissantes, le manque de personnel, de considération et de reconnaissance.

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