La transfusion sanguine pour les débutants

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De la découverte des groupes sanguins aux questions posées par le virus de Sida, l’histoire de la transfusion sanguine traverse le 20ème siècle à la manière d’un révélateur scientifique, politique et social.

La transfusion sanguine est une thérapeutique substitutive qui consiste à apporter à un patient les éléments du sang qui lui font provisoirement défaut en raison d’une intervention chirurgicale (saignement incontrôlé), d’un traumatisme, d’une maladie (anémie) ou d’un traitement (chimiothérapie). C’est une thérapeutique vitale.

D’une part, les globules rouges, les plaquettes et le plasma par leurs différentes propriétés physicochimiques, et d’autre part, les antigènes érythrocytaires des systèmes ABO, RHESUS, par leur important pouvoir immunogène, sont d’un grand intérêt dans la pratique transfusionnelle. Des circulaires et des manuels sont établis afin de préciser les bonnes pratiques transfusionnelles et de sensibiliser les différents intervenants aux   complications de ce geste dont le degré de gravité s’échelonne de « léger » à « fatal ».

L’IADE ou le technicien supérieur en anesthésie réanimation (TSAR) comme on l’appelle dans certains pays, faisant partie des acteurs de la transfusion sanguine au bloc opératoire et souvent dans un contexte d’urgence, doit prévenir et gérer efficacement ces situations.

Les règles de compatibilité :

Le risque le plus redoutable lors d’une transfusion sanguine est lié à la possibilité d’apporter au receveur des antigènes dont il possède les anticorps. Ainsi la maîtrise des règles de compatibilité, qui varie selon le PSL, est incontournable.

Transfusion des CGR :
  • à Système ABO : La règle consiste à ne pas apporter l’antigène correspondant à un anticorps présent.
  • à Système Rhésus : Un patient Rh+ peut recevoir du sang Rh+ et Rh-. Un patient Rh- ne peut recevoir que Rh-
Transfusion de PFC :

La règle immunologique de la transfusion de PFC est l’inverse de celle de transfusion des CGR. Elle doit être respectée surtout en cas de transfusion massive. Concernant la règle de transfusion des CP, le respect de la compatibilité ABO ainsi que Rh est conseillée entre receveur et donneur afin d’avoir une efficacité maximale.

  • Le groupage ABO-Rhésus :

Au laboratoire, un groupe sanguin ne sera validé qu’après la réalisation de deux déterminations du groupe, réalisées sur deux prélèvements différents. Une détermination du groupe ABO correspond à l’analyse simultanée des Ag érythrocytaires (épreuve globulaire  ou de Beth Vincent) et des Ac naturels plasmatiques (épreuve sérique ou de Simonin) par des techniques d’agglutination. On doit chaque fois s’assurer de la concordance des deux épreuves globulaires et sériques.

  • La recherche d’agglutinines irrégulières (RAI) :

Cet examen consiste à mettre le sérum du receveur susceptible de contenir des Ac avec des hématies phénotypées dans différents systèmes érythrocytaires et comportant la grande majorité des Ag couramment en cause dans les conflits transfusionnels ou fœto-maternels.

Validité : 3 jours (21 jours en absence d’une transfusion, grossesse de moins 6 mois). Une RAI se fait 5 à 7 jours après une transfusion.

  • Epreuve de compatibilité au laboratoire : le Cross matching :

Cette épreuve consiste à mettre en contact le sérum du malade avec les globules rouges qu’il va éventuellement recevoir. Elle permet de vérifier l’absence d’Ac vis-à-vis des Ag globulaires à transfuser.

  • Le contrôle ultime pré transfusionnel : CUPT :

Le CUPT participe à la sécurité transfusionnelle par vérification de l’identité du patient et de la compatibilité ABO entre le receveur et la poche du sang à transfuser. Il est obligatoire  avant toute transfusion.

Toute absence de contrôle de concordance ou mauvaise réalisation et interprétation des tests de compatibilité ABO sera à l’origine d’un accident qui peut être fatal. Donc toutes ces étapes nécessitent la vigilance et le respect des bonnes pratiques car toute erreur est inexcusable.

Pour assurer la sécurité du patient, il est indispensable de respecter :

  • Unité de lieu : patient et poche testés au lit du malade.
  • Unité de temps : les tests réalisés au cours du CUPT doivent être exécutés au même temps.
  • Unité de personne : la personne qui teste est la personne qui transfuse.

La première étape : contrôle des concordances : identité, groupe sanguin, produit sanguin demandé, protocoles transfusionnels ;

La deuxième étape : test de compatibilité biologique ABO entre le sang du malade et le sang de la poche qui peut se faire selon deux modalités :

  • Epreuve de Beth Vincent :transfusion sanguine

C’est une méthode globulaire qui permet de vérifier le groupe sanguin. Ce test consiste en fait en l’application des Ac contenus dans des flacons de couleurs différentes sur le sang du patient et du culot à transfuser.

  • Epreuve de Simonin :

Epreuve serique transfusion sanguine

C’est une méthode sérique qui consiste en la mise en contact du sérum du receveur avec  les hématies de la poche à transfuser. Elle représente la contre épreuve de Beth Vincent. Ce procédé représente une grave défaillance vu que le CUPT est le dernier verrou de sécurité avant la transfusion.

Pour récapituler:

groupage ABO transfusion sanguine

Réception et préparation des PSL :

Dès l’arrivée d’un PSL, il est impérativement recommandé de vérifier :

  • Les conditions de transport
  • Qu’une épreuve de compatibilité au laboratoire a été effectuée
  • La concordance entre le produit commandé et le produit reçu
  • L’aspect macroscopique de la poche
  • L’intégrité de la poche, la température du produit et la date de péremption.

Tout PSL doit être transfusé après une préparation adéquate :

  • Le CGR doit être mis dans un bain Marie avant qu’il soit transfusé.
  • De même, le PFC doit être transfusé après décongélation dans un bain Marie.
  • Les CPS ne doivent être transfusés qu’après une équilibration à température ambiante.

La surveillance au cours de la transfusion :

La transfusion sanguine impose une surveillance rapprochée du receveur, afin de dépister la survenue d’une éventuelle complication. Chaque paient doit être monitoré avant, pendant (surtout les 20 premières minutes) et après la transfusion. Cette surveillance comporte :

  • Surveillance clinique : éruption, rougeur, pâleur, nausées, oppression, céphalées, dyspnée, douleur…
  • Surveillance hémodynamique : fréquence cardiaque, pression artérielle
  • Surveillance respiratoire : fréquence respiratoire, saturation en oxygène
  • La température
  • La diurèse

Accidents transfusionnels :

La transfusion n’est pas un geste anodin. Les accidents transfusionnels demeurent la hantise des soignants impliqués dans cette procédure. Toutes les règles de sécurité doivent être appliquées afin de prévenir ces complications qui peuvent engager le pronostic vital du receveur.

Accidents majeures :

  • L’hémolyse aiguë:

C’est l’accident le plus redouté, le plus fréquent et le plus grave des accidents immunologiques. Il est dû  à la rencontre d’un Ag porté par la  membrane du GR avec son Ac spécifique. Il se manifeste cliniquement par un malaise, frisson, hyperthermie, céphalées, oppression thoracique, douleur lombaire, chute tensionnelle, CIVD, anurie.

  • La contamination bactérienne:

Le sepsis est rare mais peut être fatal à cause d’une contamination bactérienne du sang collecté. Le tableau clinique comporte : des signes de choc, fièvre, vomissement, diarrhée ainsi que des douleurs abdominales.

  • Réaction anaphylactique :

Les réactions allergiques peuvent aller de la simple réaction bénigne (urticaire, érythème) au choc anaphylactique gravissime voire mortel. Ce type de réaction est déterminé par des Ac du receveur qui sont dirigés contre des composants plasmatiques présents chez le donneur mais absents chez le receveur.

  • Surcharge volémique :

La surcharge se caractérise par une détresse respiratoire et/ou une insuffisance cardiaque. Elle peut survenir suite à une transfusion massive, rapide, même après la transfusion d’une petite quantité de notamment surtout chez le nouveau-né. La surcharge peut être majorée par la perfusion concomitante d’autres solutés de remplissage.

Accidents mineurs :

Ce sont des accidents de moindre gravité mais qui peuvent être annonciateurs d’un accident plus grave comme la réaction de frisson hyperthermie pouvant être prémonitoire d’un accident hémolytique ou septique. Cette réaction banale est secondaire à une incompatibilité HLA.

L’hypocalcémie est un effet indésirable mineur qui peut être prévenu par un apport calcique surtout en cas de transfusion massive de CGR. Elle résulte de la chélation du calcium ionisé par le citrate utilisé comme anticoagulant.

Conduite à tenir en cas d’un accident transfusionnel

  • Arrêter la transfusion
  • Conserver la voie veineuse avec une nouvelle tubulure, brancher un soluté (Sérum salé 0,9%)
  • Mesurer les constantes : pouls, pression artérielle, température, état général du patient…
  • Appeler le médecin prescripteur
  • Mettre en place une thérapie adaptée
  • Effectuer les contrôles biologiques en fonction des données cliniques
  • Conserver les poches avec les tubulures au réfrigérateur dans un contenant adapté, ainsi que les cartes de contrôle ultime.
  • Toute complication doit être consignée sur le registre transfusionnel du service et sur la fiche transfusionnelle du receveur ainsi que la fiche d’incidents transfusionnels.
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