Chirurgiens et anesthésistes: le grand désamour (Partie 1)

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« Les chirurgiens et les anesthésistes ont une relation à la fois curieuse et sadomasochiste » affirme Malcolm Fisher.

Au fait, l’amour et la haine dans cette relation sont régis par deux vérités indiscutables: sans chirurgiens, les anesthésistes seraient de vrais chômeurs. D’autre part, tout progrès chirurgical est rendu possible grâce à l’anesthésie car sans anesthésie, le patient préférerait garder sa vésicule biliaire ou son appendice au lieu de sentir le martyr!

Comme la chirurgie a bien évolué, la fonction de l’anesthésiste est passé de fournir des conditions de travail confortables au chirurgien, à sauver le patient du chirurgien!

Le premier aperçu de cette relation m’est venu à la tête quand j’ai changé de spécialité; d’un résident en chirurgie en résident en anesthésie.

Lors de mon premier jour, j’ai appris les bases de la part de quelqu’un qui, malgré qu’il était inconnu dans le cadre scientifique, est considéré comme un philosophe en anesthésie. Au cours de mes premières cinq minutes, il m’a dévoilé les trois règles fondamentaux en anesthésie:

  1. Il faut toujours vérifier l’alimentation en oxygène.
  2. Toujours identifier le patient et l’opération.
  3. Haïr tous les chirurgiens.

Je fus un peu surpris mais très vite j’ai appris que ces règles, comme beaucoup d’autres choses dont il m’a parlé, étaient essentiels pour la survie!

Le deuxième jour, il m’a éduqué sur les trois lois de la chirurgie:

  1. La chirurgie engendre la chirurgie.
  2. Le réglage de la scialytique est un signal immédiat pour le chirurgien pour qu’il place sa tête dans le point focal.
  3. Aucune substance n’est plus opaque que la tête d’un chirurgien

Après trois semaines, je croyais que j’ai bien maîtrisé l’anesthésie, jusqu’à ce que j’ai interrogé un chirurgien sur la différence entre un résident en anesthésie de trois semaines et un anesthésiste de 20 ans d’expérience. « La différence est infime » A-t-il répondu brutalement. La seule différence c’est que quand quelque chose tourne mal et c’est un junior qui anesthésie, je le sais, et quand c’est un consultant qui anesthésie, j’apprend qu’il est dans le salon de thé quand tout est fini. »

Alors j’ai confronté le philosophe en anesthésie avec cette information troublante, et là, j’ai appris la leçon la plus importante!

  1. Ne jamais dire quoi que ce soit  au chirurgien. Il ne peut rien faire. Il va paniquer c’est tout!
  2. Il y a seulement quatre choses qu’il dira en temps de crise.
    « S’il vous plaît tenez l’écarteur hors du cœur. »
    « Pourriez-vous arrêter le saignement et m’aider pour que je puisse me rattraper? »
    « Pourriez-vous faire un massage cardiaque. »
    « Vous pouvez arrêter maintenant – il est mort. »

Ensuite, je suis allé chercher les complexes qui régissent la relation chirurgien-anesthésiste.
J’ai entendu parler de la fameuse Jones technique de l’anesthésie, où l’anesthésiste est situé au pied de la table et dit au chirurgien comment opérer, alors que l’assistant du chirurgien tient le patient sur la table.
J’ai appris que la compétence en anesthésie est un terme qui n’a aucun sens; toute personne qui pourrait allonger un patient, est forcément compétente, mais l’aptitude à la chirurgie est une question entièrement différente. La compétence en chirurgie peut être gérée par un téléphone en demandant qui est le chirurgien, où va le patient après, et c’est quoi l’opération.
J’ai appris à comprendre les complexes prima donna du chirurgien et de reconnaître quand l’opération ne va pas:
*Tous les chirurgiens suivent la même procédure.
*Réglez les écarteurs
*Repositionner l’assistant
*Faire une plus grande incision
*Changer de côté
*Demander à plusieurs reprises les ajustements de la lumière
*Demander plus de détente
*Insulter l’infirmière, le résident, la Commission de la santé, le gouvernement, l’anesthésiste..
*extraire l’organe et fermer.

A suivre.. Pour accéder à la deuxième partie cliquez ici

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