Association entre le type d’anesthésiques utilisés et le taux de survie après une chirurgie carcinologique

1339

La résection chirurgicale reste la meilleure option pour traiter de nombreuses tumeurs solides. Cependant la chirurgie peut conduire à la libération des cellules tumorales dans la circulation. Les données bibliographiques suggèrent que les agents anesthésiques possèdent de différents effets sur la croissance des cellules cancéreuses. Une analyse rétrospective a été menée par Timothy J. Wigmore, Kabir Mohammed, Shaman Jhanji, afin d’étudier l’association entre la technique anesthésique et l’espérance de vie chez les patients admis dans le service de chirurgie carcinologique entre 2010 et 2013.

Tous les patients subissant une chirurgie entre Juin 2010 et mai 2013 ont été inclus dans cette étude. Les patients ont été regroupés selon la méthode d’anestésie: ceux anesthésiés par inhalation volatile (INHA) ou par des produits intraveineux (TIVA).

Les auteurs ont trouvé que les patients ayant de mauvaises suites, avaient reçu une anesthésie par inhalation peu importe leur score ASA, la gravité de la chirurgie ou l’enregistrement de métastases au moment de la chirurgie. En analyse multivariée par spécialité chirurgicale, la survie des patients subissant une chirurgie gastro-intestinale avec des anesthésiques volatiles était bien pire que dans le groupe de TIVA.

Cette étude est la première étude clinique qui vise à montrer une éventuelle association entre l’anesthésie par inhalation et la diminution de l’espérance de vie chez les patients atteints de cancer. Cependant il y a eu un certain nombre d’études sur les animaux de laboratoire qui suggéraient un mécanisme biologique justifiant cette association. D’autres études in vivo [1] et d’autres  effectuées auprès de patients subissant une chirurgie pour le cancer du sein ont montré un effet différentiel de l’anesthésie par inhalation et l’anesthésie utilisant le propofol, sur la fonction des cellules tueuses naturelles. En effet, l’anesthésie par inhalation entraîne une réduction marquée de ces dernières. Ceci pourrait conduire à la survie des cellules tumorales libérées dans la circulation.

Les recherches effectuées sur la protection d’organes dans des conditions d’ischémie a démontré l’augmentation de la transcription du gène HIF-1 lors de l’inhalation d’agents anesthésique volatils. Le HIF-1 contrôle la réponse adaptative à l’hypoxie et régit la transcription des gènes contrôlant la prolifération cellulaire, le métabolisme du glucose et l’angiogenèse. Cependant, HIF-1 joue également un rôle dans la prolifération, l’angiogenèse et la métastase des cellules tumorales par une augmentation de l’absorption du glucose, l’expression de VEGF, et la protection des cellules contre le stress oxydant.

Une étude récente menée par Huang et ses collaborateurs [2] a démontré que l’isoflurane, à une concentration importante, augmente la transcription du HIF-1α en cas de cancer de la prostate. Une autre étude a également révélé que le sévoflurane présente un effet sur HIF [3].

Dans l’étude de Huang et ses collaborateurs [2], le propofol inhibait l’activation de HIF-1α induite par l’isoflurane. D’autres études soutiennent cette même notion: le propofol inhibe la production du HIF-1α [4,5].

D’après cette analyse, il est impossible de déterminer avec certitude la raison de la différence entre les deux groupes. Elle peut être due à un effet négatif des agents anesthésiques volatils ou un effet bénéfique du propofol ou une combinaison des deux. Tous les patients dans le groupe TIVA (utilisant propofol) ont également reçu une perfusion de rémifentanil, l’opioïde caractérisé par son action ultracourte, de même que 697 des 3316 patients dans le groupe de l’INHA. Cependant, à partir de ces données, il est impossible d’évaluer si le rémifentanil avait un certain effet dans ce processus.

Pour conclure, Cette analyse rétrospective révèle une association entre le type d’anesthésie et la survie après la chirurgie. Cette analyse, en plus de la plausibilité biologique, devrait conduire à un travail prospectif urgent pour explorer l’effet de la technique anesthésique sur la survie des patients présentant un cancer.


 Références

[1] Melamed, R, Bar-Yosef, S, Shakhar, G, Shakhar, K, Ben-Eliyahu, S Suppression of natural killer cell activity and promotion of tumor metastasis by ketamine, thiopental, and halothane, but not by propofol: Mediating mechanisms and prophylactic measures.. Anesth Analg. (2003).

[2] Huang, H, Benzonana, LL, Zhao, H, Watts, HR, Perry, NJ, Bevan, C, Brown, R, Ma, D Prostate cancer cell malignancy via modulation of HIF-1α pathway with isoflurane and propofol alone and in combination.. Br J Cancer. (2014).

[3] Shi, QY, Zhang, SJ, Liu, L, Chen, QS, Yu, LN, Zhang, FJ, Yan, M Sevoflurane promotes the expansion of glioma stem cells through activation of hypoxia-inducible factors in vitro.. Br J Anaesth. (2015).

[4] Yeh, CH, Cho, W, So, EC, Chu, CC, Lin, MC, Wang, JJ, Hsing, CH Propofol inhibits lipopolysaccharide-induced lung epithelial cell injury by reducing hypoxia-inducible factor-1α expression.. Br J Anaesth. (2011).

[5] Tanaka, T, Takabuchi, S, Nishi, K, Oda, S, Wakamatsu, T, Daijo, H, Fukuda, K, Hirota, K The intravenous anesthetic propofol inhibits lipopolysaccharide-induced hypoxia-inducible factor 1 activation and suppresses the glucose metabolism in macrophages.. J Anesth. (2010).

Laissez un commentaire