Confessions d’une résidente dans un hôpital tunisien

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Un témoignage qui mérite d’être partagé sur la toile qui doit  vraiment faire le tour du monde.. La réalité qui  donne la chair de poule..

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« Hier, la petite Nejma est venue égailler ma garde morne et monotone. venue de loin, hospitalisée depuis un mois et demi dans l’attente d’un misérable cathétérisme cardiaque, un geste qui se fait chaque jour, mais on préfère le faire pour des adultes, c’est plus rapide et rentable… Nejma attend aussi la lecture de son scanner, qui traîne depuis un mois, j’espère qu’on lui trouvera 5 minables minutes entre deux voyages et 3 réunions et 5 statuts Facebook… Nejma attend depuis un mois et demi, et j’ai jamais entendu le son de sa voix jusqu’à hier.
Hier Nejma a quitté sa chambre pour venir partager ma chambre de garde, j’ai enfin vu son sourire et entendu sa voix, ça ne m’a pas coûté plus qu’un petit film des minions (les BANANAS comme elle aime les appeler) et quelques épisodes de Tom et Jerry).

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Depuis un mois et demi, Nejma n’a pas quitté l’hôpital, Nejma n’a pas regardé des dessins animés, Nejma n’a pas joué au moindre jeu, Nejma est cloîtrée au lit entre 4 murs, attendant avec patience la sentence, une sentence ou le temps est plus que précieux, ou sa vie est en jeu, mais ça n’a pas l’air de déranger nos blouses blanches pour qui Nejma n’est qu’un autre numéro parmi d’autres…
un petit clin d’œil à mes petits champions, mes survivants, ces petits enfants nés avec un grand défi à emporter, nés avec le cœur grand et gros, un cœur en chantier, un cœur pas comme les autres, un cœur fragile mais plus résistant que nos cœurs « normaux, ces petits combattants, qui luttent contre la maladie, les interventions itératives, le manque de moyens et d’investissement, l’éloignement de leurs familles, les conditions d’hospitalisation misérables, les délais d’attente interminables … et le silence coupable et complice des différents intervenants … alors, derrière les « exploits » médiatiques de la cardiologie tunisiennes, les TAVI, les MELODY, les SAPIENS et autres petits bijoux qui coûtent les yeux de la tête et qui ne profitent qu’à un ou 2 patients, des milliers d’étoiles comme Nejma s’éteignent chaque jour, car pas assez rentables, pas assez « gratifiants », car c’est un enfant et un enfant on peut en faire un autre, c’est moins compliqué et moins couteux … sauf que le sourire de Nejma d’hier n’avait pas de prix, à qui connait la valeur des choses au-delà de leurs prix ».
(histoire vrai, avec de faux noms pour préserver l’intimité des patients)

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